Sophie Binet (CGT) : découvrez le parcours, les revenus et les engagements de la nouvelle leader du syndicat

Depuis le 31 mars 2023, Sophie Binet incarne une rupture symbolique à la tête de la CGT : elle est la première femme à diriger ce géant du syndicalisme français en plus de 128 ans d’histoire. Philosophe de formation devenue conseillère d’éducation dans les quartiers difficiles, cette militante de 42 ans n’a jamais quitté son engagement pour les droits des travailleurs, portée par des convictions fortes sur le féminisme, la liberté de la presse et la transition écologique. Mais qui se cache vraiment derrière cette figure montante du mouvement syndical, et quels sont les véritables enjeux de sa nomination à la tête de l’une des plus puissantes organisations de défense des salariés en France ?

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Qui est Sophie Binet et comment s’est construite sa trajectoire vers la direction de la CGT ?

Sophie Binet, née en 1982 à Metz, s’est engagée très tôt dans le militantisme, notamment à l’UNEF, avant de devenir conseillère principale d’éducation, puis de se consacrer pleinement au syndicalisme, jusqu’à être élue secrétaire générale de la CGT en mars 2023.

Sophie Binet est née le 5 janvier 1982 à Metz, en Moselle. Son père, Nicolas Binet, a marqué l’histoire urbaine française en pilotant la rénovation ambitieuse des quartiers Nord de Marseille. Cette filiation familiale n’est pas anodine : elle explique en partie la sensibilité précoce de Sophie aux enjeux sociaux et territoriaux. Son enfance a baigné dans une culture de transformation sociale et d’action publique, des valeurs qui ont façonné son engagement ultérieur.

Elle a grandi en région nantaise et poursuivi ses études à l’Université de Nantes, où elle s’est spécialisée en philosophie. C’est dans cet environnement académique qu’elle a noué ses premiers contacts avec le militantisme syndical. Dès l’âge de 15 ans, elle s’était engagée à la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), un mouvement qui a consolidé ses convictions humanistes et sociales. Mais c’est véritablement à l’université qu’elle a trouvé sa vocation : rejoindre l’UNEF (Union nationale des étudiants de France) et gravir progressivement les échelons de la vie associative.

Les débuts militants au sein de l’UNEF : formation à la pensée syndicale

Son parcours à l’UNEF est particulièrement révélateur de ses qualités de leader naturelle. Entre 2002 et 2007, elle a occupé plusieurs responsabilités clés : elle a d’abord intégré le conseil des études et de la vie universitaire de Nantes en 2002, puis s’est imposée comme vice-présidente de l’université avant de devenir présidente de l’UNEF Nantes en 2003. Cette progression remarquable lui a ouvert les portes du niveau national : elle a été élue vice-présidente nationale de l’UNEF à peine quelques mois après sa nomination locale.

Sophie Binet a participé activement aux grands mouvements étudiants de l’époque. Elle s’est notamment distinguée dans les mobilisations contre le CPE (Contrat première embauche) en 2006, ce projet controversé du gouvernement Villepin qui avait suscité une colère massive dans les universités. Cette expérience de terrain lui a permis de comprendre les mécanismes de mobilisation collective et les ressorts psychologiques de l’engagement populaire. Elle a aussi exercé plusieurs mandats au sein du Conseil national de l’enseignement supérieur et de la recherche, lieu stratégique où se nouent les débats sur la politique universitaire française.

La transition professionnelle : de CPE à syndicaliste de plein temps

Après ses études, Sophie Binet a fait un choix professionnel qui révèle sa cohérence idéologique : elle a accepté un poste de conseillère principale d’éducation (CPE) à Marseille, dans les quartiers Nord que son père avait contribué à transformer. Cette fonction, souvent délaissée par les cadres de haut vol, lui a permis de travailler au quotidien avec les publics les plus fragiles du système éducatif. Elle a ensuite poursuivi cette mission au Blanc-Mesnil, en région parisienne, à partir de 2009, s’inscrivant dans une démarche de terrain toujours centrée sur l’accompagnement social.

Elle n’a quitté cette fonction que tardivement, en 2013, pour se consacrer entièrement au syndicalisme. Cette bifurcation marque un tournant décisif : après avoir observé directement les problèmes de condition de travail et de justice sociale à travers le prisme de l’éducation, elle a décidé de s’engager au niveau institutionnel et stratégique. Cette transition progressive entre le terrain et les instances de direction est caractéristique d’une certaine philosophie de l’action sociale : comprendre d’abord, puis agir au niveau où les décisions se prennent réellement.

🌟 Bon à savoir

La CGT (Confédération générale du travail) a été fondée en 1895 et demeure aujourd’hui l’un des plus puissants syndicats français, rassemblant plusieurs centaines de milliers d’adhérents.

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L’ascension fulgurante au sein de la CGT : de 2014 à la secrétaire générale

Entre 2014 et 2023, Sophie Binet a gravi rapidement les échelons de la CGT, passant de secrétaire générale adjointe de l’UGICT-CGT à secrétaire générale de la confédération avec 82 % des voix, devenant la première femme à occuper ce poste.

Sophie Binet a intégré la CGT en 2014 en rejoignant l’UGICT-CGT (Union générale des ingénieurs, cadres et techniciens). Dès son arrivée, elle a été élue secrétaire générale adjointe, reconnaissance immédiate de ses compétences et de son charisme. L’UGICT n’était pas une simple branche : c’était un véritable laboratoire d’innovation syndicale, chargée de représenter les intérêts des catégories salariées considérées comme plus difficiles à organiser, les cadres et techniciens ayant historiquement montré moins d’appétit pour le syndicalisme que les ouvriers.

Entre 2014 et 2023, son évolution a suivi une courbe ascendante constante, ponctuée par des étapes majeures. En 2016, elle s’est illustrée lors du mouvement contre la loi Travail du gouvernement Hollande : elle a lancé une pétition qui a réuni plus d’un million de signatures en deux semaines, démonstration impressionnante de sa capacité à mobiliser et à fédérer l’opinion. Cet événement a établi sa réputation comme militante capable de traduire le mécontentement en action concrète et mesurable.

Les responsabilités successives et les campagnes emblématiques

En 2018, elle est devenue co-secrétaire générale de l’UGICT-CGT, renforcant sa légitimité à l’intérieur de cette branche. Mais c’est surtout à partir de 2021 qu’elle a consolidé son positionnement comme figure nationale : elle a été nommée secrétaire générale de l’UGICT-CGT, puis, en novembre 2022, elle a intégré le bureau confédéral, l’organe de direction suprême de toute la CGT.

Au cours de cette période, Sophie Binet s’est concentrée sur deux axes majeurs qui allaient devenir ses marques de fabrique. D’abord, elle s’est investie dans la création de la Maison des lanceurs d’alerte, une initiative pour protéger les salariés qui dénoncent des abus ou des dysfonctionnements dans leurs organisations. Ce projet témoigne de sa conviction que le syndicalisme moderne doit s’adapter aux nouvelles formes de précarité et d’injustice dans le monde du travail. Ensuite, elle a porté avec force la question de la liberté de la presse, sujet qui deviendrait central dans son discours public une fois à la tête de la CGT.

La consécration du 31 mars 2023 : élection à 82 % des voix

Le moment tant attendu est arrivé lors du 53e congrès confédéral de la CGT réuni à Clermont-Ferrand. Sophie Binet a été élue secrétaire générale le 31 mars 2023, succédant à Philippe Martinez qui dirigeait la CGT depuis 2015. Le résultat du scrutin interne s’est avéré largement en sa faveur : elle a récolté 82 % des voix, un score remarquable qui signifiait un consensus rare au sein d’une organisation syndicale souvent traversée par des courants internes rivaux.

Ce pourcentage n’était pas un simple chiffre administratif ; c’était une légitimation écrasante qui reflétait plusieurs éléments : la reconnaissance de son expérience, le désir interne de modernisation, et surtout, le symbole puissant de sa nomination comme première femme à diriger la CGT depuis sa création en 1895. Cette rupture symbolique a immédiatement franchi les frontières du seul univers syndical pour devenir un événement politique et culturel en France.

🛠️ Astuce

Pour vérifier la transparence salariale dans les grandes organisations syndicales, consultez les rapports d’activité ou demandez directement les comptes rendus officiels lors des assemblées générales : ces documents peuvent fournir des indications sur la grille salariale des dirigeants.

Les revenus et la rémunération de la secrétaire générale : une question de transparence

La rémunération de Sophie Binet n’est pas rendue publique, mais selon les pratiques syndicales, elle perçoit probablement un salaire brut compris entre 4 000 et 5 500 euros par mois, similaire à celui de son prédécesseur à la CGT.

La question des revenus des cadres syndicaux reste délicate dans un contexte où les organisations de défense des travailleurs doivent incarner des valeurs d’austérité et de mise en commun. Concernant Sophie Binet, sa rémunération exacte n’a pas été communiquée publiquement, contrairement à d’autres hauts fonctionnaires ou dirigeants politiques soumis à des obligations de transparence.

On peut néanmoins se fier à quelques éléments de comparaison. Son prédécesseur, Philippe Martinez, touchait selon les sources entre 3 440 et 4 250 euros bruts par mois en tant que secrétaire général, une rémunération bien éloignée des salaires des patrons du secteur privé. Certaines sources évoquaient également des chiffres supérieurs, autour de 6 853 euros, mais ces évaluations restaient spéculatives et non confirmées officiellement. La disparité des chiffres reflète le manque de clarté sur ce sujet au sein des organisations syndicales.

Pour Sophie Binet, on peut légitimement supposer que sa rémunération se situe dans une fourchette comparable, voire légèrement inférieure à celle de Martinez au moment de sa prise de poste. Un élément explique cette potentialité : son ancienneté dans la structure était moins importante que celle de son prédécesseur au moment de sa nomination. La rémunération au sein des syndicats tient compte de critères tels que l’expérience, les responsabilités exercées antérieurement et la durée des mandats. Néanmoins, à titre informatif, on peut noter que ces salaires, bien que corrects, restent modestes comparés à d’autres secteurs et reflètent une certaine cohérence idéologique : le leader d’une organisation de défense des salariés ne peut pas s’enrichir de manière ostentatoire sans contredire son message.

La rémunération dans le contexte du syndicalisme français

Il est important de contextualiser cette question des revenus au sein de l’univers syndical français. À titre comparatif, d’autres secrétaires généraux d’organisations syndicales majeures, comme la CFDT ou Force Ouvrière, perçoivent des rémunérations qui s’inscrivent dans une même gamme, situant tous ces cadres syndicaux dans une catégorie de salaires intermédiaires. Ce consensus implicite sur les niveaux de rémunération existe pour une raison : il faut à la fois pouvoir recruter des compétences sérieuses et éviter que la structure ne soit accusée d’enrichissement.

La CGT, en tant que plus ancien syndicat français fondé en 1895 et l’un des plus influents, dispose d’un budget de fonctionnement respectable alimenté par les cotisations de ses millions de membres. Cela lui permet de verser des salaires décents à ses responsables permanents, mais pas extravagants. Sophie Binet, en tant que secrétaire générale, perçoit probablement une rémunération brute oscillant entre 4 000 et 5 500 euros mensuels, une estimation basée sur les pratiques du secteur, bien que le chiffre exact demeure opaque.

🌟 Bon à savoir

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, dont Sophie Binet est membre, conseille le gouvernement sur les politiques d’égalité et lutte activement contre les discriminations liées au genre.

Les engagements idéologiques et les combats personnels de Sophie Binet

Les engagements de Sophie Binet s’articulent autour du féminisme, de la liberté de la presse et de la transition écologique, avec la volonté de transformer la CGT en intégrant l’égalité, la protection des lanceurs d’alerte et la durabilité environnementale dans l’action syndicale.

Sophie Binet n’est pas une figure unidimensionnelle réduite à son rôle de dirigeante syndicale. Elle est une femme politique aux multiples engagements, ce qui explique largement pourquoi elle a émergé comme candidate idéale pour transformer la CGT. Ses convictions s’articulent autour de trois piliers majeurs : le féminisme, la liberté de la presse et la transition écologique. Ces trois dimensions composent un portrait de leader moderne, éloigné du syndicalisme classique purement ouvriériste.

Son adhésion au Parti socialiste en 2008 témoigne de sa volonté d’intervenir au-delà du simple périmètre syndical. Elle a soutenu la motion portée par Benoît Hamon, « Un monde d’avance », et s’est engagée aux côtés de Martine Aubry lors des primaires présidentielles de 2011. Ces choix révèlent une sensibilité de gauche affirmée, même si elle n’a jamais cherché à se positionner sur le devant de la scène électorale. Son rapport à la politique ressemble davantage à celui d’une influenceuse capable de peser sur les débats qu’à celui d’une ambition personnelle.

Le féminisme comme élément structurant de son identité politique

Le féminisme occupe une place centrale dans l’univers idéologique de Sophie Binet. En 2018, elle a piloté au sein de la CGT la collective femme-mixité, une structure interne chargée de traiter les questions d’égalité entre les femmes et les hommes. Cette initiative ne visait pas seulement des objectifs déclaratifs ; elle cherchait à transformer les pratiques internes de la CGT, souvent critiquée pour avoir maintenu une domination masculine malgré ses prétentions progressistes.

Elle a également contribué à la publication de tribunes mettant en lumière les violences sexistes et sexuelles dans le monde du travail, une thématique longtemps négligée par un syndicalisme plus concentré sur les salaires et les conditions de travail matérielles. En parallèle, en 2022, elle a été nommée membre du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes jusqu’en 2025, une responsabilité qui lui a permis d’intervenir au niveau du conseil politique du gouvernement. Son nomination à la tête de la CGT acquiert donc une dimension supplémentaire : faire accéder une femme au sommet d’une organisation jusque-là dirigée par des hommes devient un acte politique, un signal envoyé non seulement aux adhérents de la CGT, mais à l’ensemble de la société française.

La liberté de la presse : une conviction indéfectible

Parmi ses combats personnels, la liberté de la presse figure en bonne place. Sophie Binet a cofondé la Maison des lanceurs d’alerte, une initiative qui vise à protéger les salariés courageux assez pour dénoncer des abus, des corruptions ou des dysfonctionnements graves au sein de leurs organisations. Cette structure incarne l’idée qu’un syndicalisme moderne doit s’adapter aux problèmes émergents : face aux scandales financiers, environnementaux ou éthiques, il faut des mécanismes pour protéger ceux qui osent parler.

Mais son engagement pour la liberté de la presse ne s’arrête pas là. Entre 2022 et 2023, elle a publié des chroniques régulières dans le magazine L’Humanité, l’organe de presse historiquement lié au mouvement ouvrier français, explorant les défis contemporains de la liberté d’expression et de la pluralité médiatique. Elle a aussi fait la démonstration de son engagement par une action médiatique remarquée : elle a décliné l’invitation d’être interviewée sur le plateau de CNEWS, déclarant publiquement qu’elle ne répondrait qu’aux médias garantissant une véritable liberté d’expression et une pluralité des voix. Cette posture, bien que critique envers certains médias, reflète une conviction sincère sur ce que devrait être le journalisme démocratique.

La transition écologique : un nouvel axe stratégique pour la CGT

La transition écologique représente un axe stratégique majeur dans le projet de Sophie Binet pour la CGT. Contrairement à certains de ses prédécesseurs, elle considère que le syndicalisme français ne peut plus ignorer les enjeux climatiques sous prétexte qu’ils seraient secondaires par rapport aux luttes pour les salaires et l’emploi. Elle défend l’idée que transition juste : c’est-à-dire que le passage à une économie décarbonée ne doit pas se faire au détriment des salariés.

Pour concrétiser cette ambition, Sophie Binet a lancé le Radar Travail et Environnement, un outil destiné à permettre aux salariés de sensibiliser leur employeur aux enjeux écologiques et à l’engager dans une démarche de durabilité. Cette initiative est novatrice pour un syndicat : au lieu de se contenter de critiquer les politiques gouvernementales ou patronales, la CGT se dote d’un instrument d’action concret permettant à la base de participer à la transformation écologique. C’est une manière de reconnaître que les salariés eux-mêmes aspirent à davantage de respect environnemental dans leurs entreprises.

📌 Domaine d’engagementDescriptionImpact et résultats
FéminismePilotage de la collective femme-mixité, tribunes sur les violences sexistes au travailMembre du Haut Conseil à l’égalité (2022-2025)
Liberté de la presseCofondation de la Maison des lanceurs d’alerte, chroniques dans L’HumanitéProtection des dénonciateurs, prise de position médiatique remarquée
Transition écologiqueLancement du Radar Travail et Environnement, sensibilisation des entreprisesOutil concret de mobilisation des salariés pour la durabilité
Engagement politiqueAdhésion au PS, soutien à Benoît Hamon et Martine AubryInfluence progressive sans ambition personnelle électorale
Lanceurs d’alerteCofondation et protection institutionnelle des dénunciateursProjet de loi porté en 2022-2023 au niveau national 🏛️
🌟 Bon à savoir

Selon la DARES, seuls 10 % des salariés français sont syndiqués, un taux parmi les plus bas d’Europe, ce qui explique l’importance pour la CGT de rajeunir et diversifier sa base d’adhérents.

 Le parcours de Sophie Binet, nouvelle leader du syndicat CGT, illustre une ascension exceptionnelle dans le syndicalisme français, marquée par son engagement pour la justice sociale, sa formation philosophique et son combat pour l’égalité et la modernisation des droits des salariés. Le parcours de Sophie Binet, nouvelle leader du syndicat CGT, illustre une ascension exceptionnelle dans le syndicalisme français, marquée par son engagement pour la justice sociale, sa formation philosophique et son combat pour l’égalité et la modernisation des droits des salariés

Les défis et les ambitions de Sophie Binet à la tête de la CGT : redynamiser pour rester pertinent

Sophie Binet doit moderniser la CGT, rajeunir sa base, renforcer la représentation des cadres, affirmer la transition écologique et maintenir la capacité de mobilisation du syndicat face à la concurrence accrue de la CFDT et aux réformes sociales.

Depuis son accession au poste de secrétaire générale, Sophie Binet est confrontée à des défis substantiels qui vont bien au-delà des attributions classiques. La CGT traverse une période de redéfinition de son rôle face à des mutations profondes du monde du travail : télétravail, plateformes numériques, précarisation croissante, et l’émergence d’une nouvelle concurrence syndicale menée par la CFDT, qui a progressivement grappillé des adhérents à la CGT depuis les années 2000.

Son projet s’articule autour de quatre axes majeurs. D’abord, apaisement interne : la CGT a souffert au cours des dernières décennies de divisions internes entre différents courants, un immobilisme qui a permis à la CFDT de prendre de l’avance sur plusieurs dossiers. Sophie Binet cherche à fédérer ces courants autour d’une vision claire et moderne du syndicalisme. Deuxièmement, elle entend renforcer la présence de la CGT auprès des cadres et techniciens, un segment de la population active souvent sous-représenté dans les effectifs du syndicat malgré l’existence de l’UGICT. Ces catégories sont porteuses d’avenir pour le syndicalisme car elles cumulent pouvoir d’influence et revenus à défendre.

Moderniser l’image et rajeunir les adhérents : enjeu existentiel

Un troisième défi concerne la modernisation de l’image de la CGT auprès des générations plus jeunes. La CGT est souvent perçue comme une organisation ancrée dans le passé, figée dans les luttes de la Guerre froide et des années 1970-1980. Sophie Binet représente une opportunité de renouvellement générationnel : à 42 ans, elle est l’une des plus jeunes femmes à avoir accédé à cette fonction. Sa sensibilité aux questions de féminisme, d’écologie et de droits des lanceurs d’alerte résonne davantage auprès des militants nés après 1980 que le discours ouvriériste traditionnel.

Cet enjeu de rajeunissement est existentiel pour la CGT. Les données de syndicalisation en France montrent un vieillissement progressif de la base militante de beaucoup d’organisations, avec un renouvellement insuffisant parmi les jeunes salariés. Sophie Binet incarne un syndicalisme capable de dialoguer avec les nouvelles formes de précarité et d’injustice sociales, ce qui pourrait reverdir le bassin d’adhérents potentiels.

La réforme des retraites : un test décisif de leadership

Elle n’a pas attendu sa prise de fonction pour éprouver son leadership à grande échelle. Quelques semaines avant sa nomination, elle s’est positionnée fermement sur le dossier brûlant de la réforme des retraites, l’un des combats majeurs auxquels s’est confrontée la CGT sous Philippe Martinez. Sophie Binet a clairement affirmé que sa ligne était simple : abrogation pure et simple du projet de loi, pas de compromis, pas de négociation sur l’âge de départ à la retraite.

Cette position s’inscrivait dans une logique de radicalité assumée, différente de celle défendue par certains autres syndicats plus enclins à la négociation. Elle a démontré par cette prise de position qu’elle n’entendait pas tempérer les convictions de la CGT, mais plutôt les porter avec clarté et conviction. Les mouvements sociaux de 2023, bien que n’ayant pas empêché l’adoption de la réforme, ont montré que la CGT conservait une capacité de mobilisation respectée.

Élargir le syndicalisme au-delà de l’ouvrier : un enjeu stratégique

Au-delà de ces défis immédiats, Sophie Binet travaille à repositionner la CGT comme organisation capable de représenter l’ensemble des catégories salariées, pas seulement les ouvriers. Certains observateurs déplorent que la CGT soit restée trop longtemps positionnée comme syndicat de la classe ouvrière traditionnelle, ce qui l’exclut d’une partie croissante du marché du travail caractérisé par l’essor des services, de l’immatériel et des nouveaux métiers. Sa volonté de renforcer la présence syndicale parmi les cadres répond à cet enjeu stratégique majeur.

C’est un changement culturel profond pour la CGT. Historiquement, le mouvement ouvrier français a souvent vu d’un mauvais œil les cadres et techniciens, considérés comme des relais du patronat. Mais Sophie Binet comprend que cette dichotomie appartient au passé : dans une économie de plus en plus tertiarisée, les cadres sont aussi des salariés exposés à l’insécurité, aux compressions d’effectifs, et à l’intensification du travail. Élargir le champ d’action syndical devient ainsi une nécessité pour assurer la pérennité et la pertinence de la CGT.

Construire une vision unifiée autour de la défense des droits des travailleurs

Le fil conducteur de tous ces défis demeure la défense inébranlable des droits des travailleurs, valeur fondatrice de la CGT depuis 1895. Sophie Binet ne rompt pas avec cette mission centrale, mais elle la réinterprète pour le XXIe siècle. Elle défend l’idée que les droits du travail doivent s’étendre au-delà des seules questions de salaire : ils englobent le bien-être psychologique, l’équité entre hommes et femmes, la protection face aux innovations technologiques menaçantes, et l’inscription de l’entreprise dans une transition écologique juste.

Ce réancrage idéologique, porté avec cohérence par Sophie Binet, devrait permettre à la CGT de rester un acteur majeur du syndicalisme français malgré les transformations du marché du travail. Sa nomination symbolise une volonté de rupture tout en restant fidèle à l’essence de l’organisation : faire entendre la voix des exploités et des oubliés du système économique. Que cette ambition se concrétise dans les faits au cours des prochaines années reste à démontrer, mais les bases idéologiques pour le faire sont désormais en place.

  • 🎯 Apaisement interne au sein de la CGT : fédérer les courants divergents autour d’une vision claire du syndicalisme moderne
  • 📈 Renforcement de la présence auprès des cadres et techniciens : élargir l’audience syndicale aux catégories porteuses d’avenir
  • 👥 Rajeunissement des adhérents : attirer de nouveaux militants des générations post-1980 sensibles aux questions contemporaines
  • ♻️ Intégration pleine de la transition écologique : faire du Radar Travail et Environnement un outil de mobilisation concret
  • ⚖️ Redynamisation face à la concurrence de la CFDT : reprendre des parts de marché syndical sur les enjeux clés
  • 🔥 Mobilisation active sur les réformes sociales : maintenir la capacité de la CGT à organiser des mouvements significatifs

La question de la parité et de la représentation féminine dans le syndicalisme

Au-delà de sa personne, la nomination de Sophie Binet pose une question plus large : celle de la place des femmes dans les structures de pouvoir syndical. Pendant 128 ans, la CGT a fonctionné avec des leaders exclusivement masculins, malgré le fait que les femmes composent une part croissante de sa base militante. Cette absence de parité aux sommets n’était ni naturelle ni inévitable : elle reflétait les préjugés et les structures de pouvoir de l’époque.

Sophie Binet, en tant que première femme secrétaire générale, ouvre une brèche. Elle crée un précédent qui rend difficile, voire politiquement inacceptable, pour les organisations syndicales de revenir à une exclusion féminine des sommets. Son action à la tête de la collective femme-mixité a d’ailleurs établi un diagnostic impitoyable : les violences sexistes et sexuelles existaient aussi au sein de la CGT, ce que le machisme ambiant de l’organisation avait longtemps occulté. Reconnaître ces réalités et y remédier sont des conditions pour que le syndicalisme moderne conserve sa légitimité morale.

Sophie Binet redessine ainsi les contours du leader syndical du XXIe siècle : ce n’est plus seulement un homme sorti des rangs ouvriers ou d’une formation partisane, mais une femme capable de synthétiser des enjeux hétérogènes, de mobiliser sans tomber dans le conservatisme, et de défendre les valeurs traditionnelles du mouvement ouvrier tout en les réinterprétant pour une époque de transformations rapides. Sa trajectoire personnelle, de CPE en banlieue à secrétaire générale de la CGT, témoigne de l’ascenseur social que le syndicalisme peut offrir à celles et ceux qui en ont véritablement la passion.

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